Ronds dans l'eau en Bretagne sud
Après de gros travaux hivernaux, «Bahia » est enfin prêt à naviguer pour une petite croisière printanière.
Son emplacement ordinaire étant à couple d’un vieux chalutier désarmé, il a pour inconvénient de ne flotter qu’à partir des marées de 8O ! Et encore à pleine mer… Ce qui laisse peu de latitude pour partir et revenir.
Je ferai donc un tour en Bretagne-Sud pendant les mortes-eaux.
Et si la dernière sortie en Octobre dernier m’avait conduit au-dessus des Glénan , le périmètre devrait cette fois se restreindre au bassin de la Baie de Quiberon
27 AVRIL
J'ai profité de la marée d’hier soir pour me dégager et venir m’amarrer sous la grue dans le vieux port. Pour quelques heures, j’y suis toléré, le temps d’embarquer les affaires nécessaires. 
Des vents d’WSW sont annoncés, qui devraient me permettre de monter sans problèmes.
Le vent promis est là, en gros force 3/4. Mon anémomètre a rendu l’âme cet hiver, et l’estimation se fait « au pif ». « Bahia » fait une bonne route-fond, poussé par le courant de jusant le long de l’île, puis à l’embouchure de la Loire.
Le plateau de la Banche me trouve à peu près à l’heure de la renverse, et le flot me monte, en s’accélérant, jusqu’à l’entrée du Golfe du Morbihan.
L’escale est déjà prévue, si tant est que quelques corps-morts soient libres : ce sera l’Ile Longue, une de mes préférées : mouillage à l’abri des vents dominants, et surtout du courant : le « tapis roulant » du Golfe passe juste à la pointe de l’île, sans créer de turbulences.
Et il y a toujours le spectacle de ces bateaux, montant ou descendant en fonction de la marée, qui défilent à 10 nœuds ou plus, pas très loin du mouillage. 
L’Ile Longue est privée, comme la plupart des îles du Golfe. Le débarquement peut se faire bien entendu sur la grève. Elle ne comporte que deux maisons, dont celle du gardien.
Entièrement boisée, elle porte bien son nom : en faire le tour prend bien une bonne heure…
28 AVRIL
Après une bonne nuit calme, et le petit dèj’, un petit tour dans le Golfe est décidé. De toutes façons, il manque une ou deux bricoles, et il faut se ravitailler à Vannes.
L’heure de départ est fixée en fonction du début de flot.
Il suffit de prendre l’ « escalator » en marche, et l’on est poussé jusque dans le fond du Golfe, propulsés presque sans s’en rendre compte…
Une autre de mes idées est de passer à Port-Blanc, lieu choisi des copains d’HEO pour le petit rassemblement d’août prochain.
Je ne m’y étais auparavant jamais attardé, passant de nombreuses fois devant sans m’y arrêter
A Vannes, j’amarre « Bahia » à couple d’un bateau de promenade d’un âge certain, qui ne me semble pas devoir bouger tout de suite. Mais je m’en assure avant de partir en ville auprès d’un quidam pratique du coin.
La mer est maintenant haute. Pas de vent, mais de la pluie… mes 70 cm de tirant d’eau me permettent de couper franchement le chenal par-dessus les bancs : 1,20 m au sondeur au minimum, c’est tout bon.
J’ai choisi de passer dans l’est du Golfe, et laisse l’île d’Arz à tribord. Je suis tenté de mouiller devant l’île D’Illur, mais de nombreux piquets de parcs pointant à la surface m’en dissuadent.
Cap donc sur l’anse du Logéo pour casser la croûte. Coin tranquille à l’abri du courant où je trouve un coffre bienvenu pour m’amarrer quelques heures.
Après la siesta, je m’aperçois qu’il reste une fin de jusant. Petits calculs à la table à carte : cela me permettrait d’arriver juste à l’entrée du Golfe à basse mer, et ensuite de profiter du début de flot pour me faire « monter » en rivière d’Auray.
A larguer le bout’, et en avant…
Le temps reste malheureusement gris. N’étant pas vraiment pressé, poussé par le courant et le vent – qui a tourné SE – je remonte la rivière sous génois seul.
A l’endroit où la elle se resserre, ça se termine au moteur. De toutes manières, c’est une forêt de mâts qui barre le site !
Là encore, je trouve un coffre disponible. Mais ils ne sont pas nombreux, presque tous les emplacements étant pris en hivernage.
N’ayant pas l’intention de descendre à terre, rester sur un corps-mort ne pose pas grand problème. De plus il faut savoir qu’il n’est pas possible de naviguer de nuit dans le Golfe. Une fois le soir tombé, on est assuré que plus personne ne viendra réclamer sa bouée...
29 AVRIL
Une fois de plus, il faut tenir compte des heures de marée pour naviguer. Il me faut donc descendre la rivière avec le jusant.
Ca tombe bien : ça correspond avec la fin du petit déj’ !
Temps brumeux ce matin, ce qui ne manque pas de charme : calme et silence, excepté le bruit de mes deux petits monos Yanmar !
En fait je suis même un peu en avance sur l’étale à Port-Navalo, à la sortie du Golfe : une fin de flot me fait faire quasiment du sur-place : la vitesse ne doit pas dépasser un nœud maxi sur le fond !
Heureusement il y a à peine un petit mille à faire ; une fois sorti ça se calme nettement.
Par contre ce qui ne s’améliore pas du tout, c’est la visibilité : deux minutes après avoir doublé le phare de Port-Navalo, il a déjà disparu, englué dans une brume qui se fait de plus en plus dense.
La sortie du port du Crouesty est sur babord, ce qui va sans doute générer du trafic : il faut ouvrir l’œil, et le bon !
Un autre voilier au moteur qui me collait finit par me dépasser, et il disparaît lui aussi très rapidement dans le coton.
A vue de nez (c’est le cas de le dire), j’estime la visi à une cinquantaine de mètres, ce qui est vraiment fatiguant.
Personne à bord à qui passer un peu le relai : il faut veiller en permanence, car avec si peu de marge, un abordage peut arriver très vite.
Même pas le temps de descendre se faire un petit jus, pour se réchauffer. Car il fait un froid ! Veste de quart par-dessus la polaire, c’est à peine suffisant. Et dire qu’on est au printemps…
J’ai dû trop fréquenter la Méditerranée : le retour en Bretagne est difficile, et je rêve à Espalmador !…
Je pense aussi aux même conditions, que l’on rencontrait parfois « avant ». Oui, avant l’ère du GPS. Merci à lui qui est en train de me donner mes coordonnées en continu…
Mais sans lui, plus de salut. !! Il n’existe plus aucun moyen de positionnement en côtière par temps de brume : les radio-phares ont cessé d’émettre les uns après les autres, et si le GPS tombe en panne, bonjour la galère…
Je me souviens du petit Technifrance, si joli avec tous ses boutons dans sa boite vernie.
Du compas et de la ferrite, et du soin que l’on prenait à capter les signaux, affinant le son jusqu’à l’extinction, reportant les relèvements sur la carte pour la coiffer d’un « chapeau » aux bords plus ou moins larges !…
Au départ de Port-Navalo, j’ai essayé de me fier à mon sens marin, de faire ma route à l’estime, celle-ci ne devant être corrigée après vérification au GPS qu’au bout d’au moins une heure.
Mais un pavillon de pêcheur sorti du brouillard m’a vite fait comprendre que la force du courant devait être bien supérieure à celle que j’estimais !
En fait au lieu de piquer sur Houat, ma destination, je m’en allais tranquillement vers la Pointe du Grand Mont, avec une quinzaine de degrés de dérive !…
Houat s’approche : un mille, un demi-mille. Je ne distingue toujours rien. Par moment, lors de la traversée, la brume paraissait vouloir se dissiper : le bateau semblait alors plaçé au milieu d’un cercle de mer plate aux frontières floues.
Mais maintenant, c’est de nouveau la crasse. J’ai pris une longitude de sécurité : tant que celle-ci n’est pas atteinte, je ne risque pas d’aller sur les cailloux.
J’ai visé Er Yoch, le gros rocher qui déborde la grande plage à l’est.
Et soudain sa masse émerge, toute cotonneuse. Je passe tout près : c’est accore. Ensuite piquer plein W sur la plage : l’œil sur le sondeur, je ne vois le sable que quand il indique 5 m… pas vraiment sympa aujourd’hui.
Et moi qui rêvais à une chouette escale tranquille et ensoleillée !
Je mouille l’ancre au SW de la plage, tout près du vieux port en ruine. L’endroit est à peu près abrité pour le moment, mais des vents de S à SE sont annoncés. Pas bon pour cette nuit en tous cas. La décision de partir est prise, après le déjeuner.
Belle-Ile à l’ouest, l’entrée de laVilaine à l’est ?… En fait pour Belle-Ile c’est râpé pour cette fois : la brume est toujours aussi tenace, et pour la rejoindre il faudrait passer au sud de Houat dans un dédale de cailloux ! Merci bien pour la roulette russe…
Après avoir dérapé, poussé par un SSW, « Bahia » pique donc vers l’entrée de la Vilaine.
La brume se lève petit à petit, la température remonte, le moral aussi, et le bateau taille une gentille petite route au grand’largue.
Fin de journée. Calculs à la table : aurai-je le temps de pousser jusqu’à Billiers, un petit port que j’aimerais visiter ? Mais là encore il faut entrer à marée haute.
Finalement je vire sur babord pour embouquer la rivière de Pénerf ; ça me fera plaisir de revoir le coin : cela doit bien faire 25 ou 30 ans que je n’y suis pas passé.
Une fois de plus poussé par le flot, je remonte le plan d’eau jusqu’au petit bourg ostréicole, et trouve un des nombreux coffres vacants pour m’amarrer. .
30 AVRIL
Hier soir grand beau temps calme, superbe coucher de soleil… Ce matin je gonfle l’annexe pour descendre à terre : plus de café (ah, ma pauvre tête !).
Un ostréiculteur à qui je demande où est la supérette du coin me répond qu’il faut faire 4 km ! Trop pour moi…
Par contre, il en a, du Nescafé ! je lui achète son pot, et repars illico…
Beau temps chaud. Petit vent d’ouest léger. Poussé par le jusant, « Bahia » descend la rivière. Coup d’œil à la girouette, repérage des perches du chenal : la sortie à la voile doit être possible.
Et ça fait du bien quand on coupe les moteurs !…
Près de la tourelle d’entrée, ça passe juste, mais ça passe. « Bahia » et le près serré, ça fait deux. Et pour avancer correctement, avec assez de vitesse et pas trop de dérive, il lui faut du vent dans les voiles. Bref, du bon plein…
Cap sur l’île Dumet, pour le casse-croûte…
Il va être près de midi. Il n’y a pourtant pas d’autres bateaux de mouillés. Ceux-ci viendront plus tard.
L’île Dumet, c’est le centre de la terre !! Du moins ce que prétendent certains géographes, le centre des terres émergées. D’où son nom : le met, le milieu…
Un vieux fortin, un pylone lumineux, une baraque en ruine, une maison abandonnée… et des centaines d’oiseaux de mer qui tournoient dans le ciel en faisant un boucan d’enfer.
L’île est classée réserve ornithologique. Débarquement uniquement sur la grève.
Ne pensant pas y rester, je laisse l’annexe dans son coffre.
La brise s’est levée, SSW. Je suis très tenté par le port de La Croix, au sud de l’Île d’Hoëdic. Malheureusement l’orientation du vent n’est pas très favorable pour y rentrer, mais surtout pour en ressortir si cela fraîchit.
D’autant que je ne suis jamais allé me poser là-bas : port à échouage, donc calcul précis des heures de marée, alignements, nombreux cailloux, plus probablement soleil dans les yeux pour y entrer en fin d’après-midi.
Ce sera pour une autre fois…
Par contre je pique vers le sud de l’île, le phare des Cardinaux. Au débridé, le cap est bon, à moins que le vent ne refuse en cours de route.
De la vraie navigation bonheur : beau temps, belle mer, vent 4/5, jolis moutons : « Bahia » est à son affaire, et le cap’tain aussi !
Il fait route sous GV, génois et trinquette. Au début, j’étais sceptique sur l’utilité de cette voile. Mais je la mets maintenant pratiquement toujours – par temps maniable – du près au travers : elle me permet un bon demi-nœud de plus.
Et puis, c’est chouette une trinquette. Allongé sur la plate-forme avant, je ne me lasse pas de regarder mes voiles, ou les coques qui fendent l’eau.
Ou encore partir à l’arrière, fasciné par le sillage de hors-bord que l’on laisse derrière. Ouh là, ça défile, le « Bahia » il marche du feu de Dieu…
Un coup d’œil au speedo tempère un peu mon enthousiasme ! Non, je ne peux vraiment pas me prendre pour un avion… Mais pour mon bateau, ce n’est pas mal…
Les Cardinaux sont laissés sur tribord, et l’on entame la remontée – une fois de plus poussé par le flot – le long de la côte NE de Belle-Ile.
La destination est Sauzon. Comme l’idée est d’aller échouer dans la ria, les calculs me mettent trop en avance. Je roule du gènois pour me ralentir : un comble !
Beaucoup de bateaux de passage dans l’avant-port, et dans l’arrière-port aussi d’ailleurs. Quel changement avec toutes ces bouées placées pour les visiteurs. !
Mais ayant avisé le vieux môle, l’employé du port me dit que je peux m’y mettre.

J’y suis seul, à part deux bateaux de pêche dans la partie qui leur est réservée.
Renseignements pris, il y a quelques roches en dessous. Mais un calcul de marée m’indique que, étant maintenant en morte-eau, le bateau n’échouera pas. La nuit devrait donc être paisible.
1 MAI
Journée de repos à Sauzon. Je pars au ravitaillement en faisant le tour de la ria : en gros 5 km A/R, mais le site est superbe : les côteaux fleuris d’ajoncs, le petit bourg aux maisons polychromes…
Et le temps est de la partie. Les nombreux bateaux de passage sont rentrés, laissant les bouées vides.
L’amarrage le long du môle m’aura permis les descentes à terre sans les servitudes de l’annexe. L’employé du port m’a aussi proposé une traversée du chenal dans son bateau, me donnant son n° de portable pour le prévenir quand je voulais retourner au bateau. Sympa…
2 MAI
Départ de Sauzon en matinée, pratiquement à marée basse ! (vive le petit tirant d’eau..)
Le calcul a été fait pour arriver au port Sud d’Hoëdic en fin de flot.
Le vent est nul au départ. Mais bientôt la brise s’établit au SE : pile dans le nez !
Un rapide calcul me montre qu’avec les bords à tirer, plus la dérive due au courant de flot ne me permettront pas d’arriver à temps au port de la Croix…
Il faut s’adapter aux conditions.
Cap est donc mis sur le passage de la Teignouse, pour rentrer en baie de Quiberon.
Et plus spécialement sur un site qui m’intrigue depuis longtemps : l’anse du Pô, à l’enracinement de la presqu’ile.
Vent toujours SE, mais faiblissant… « Bahia » glisse à 2 nœuds sur l’eau, portant simplement son gènois : arriver en avance ne servirait à rien, toute la zone échoue et il serait trop tôt pour entrer.
A l’arrivée, petit problème de navigation à résoudre : l’entrée de l’anse se situe entre la côte de Carnac à l’est, et une langue de sable à l’Ouest.
Au milieu, une grosse roche, jamais couverte.
Ma carte marine, détaillée, me montre un chenal faisant passer entre la dune et le rocher.
Mon guide indique, lui, qu’il faut passer entre ce rocher et la côte, de l’autre côté !
Moteurs au ralenti, jumelles à portée de main, je repère parmi de nombreuses perches jaunes à voyants en « X » -j’apprendrai qu’elles délimitent des parcs –
Deux balises vertes et rouges, vers lesquelles je me dirige.
C’est une heure avant PM, marées de ME…
L’eau a changé de couleur, passant du vert/gris à l’ocre, avec quelques plaques de roches plus sombres.
Je suis à l’extrême ralenti. Un bateau ostréicole à fond plat passe entre la côte et le rocher : un gars du coin providentiel, que je suis.
Il faut ensuite obliquer pour rentrer dans une petite anse secondaire.
J’ai l’œil rivé sur le sondeur : 1,8 m, 1,5 m, 1 m !…
Des touffes de goémon flottent à la surface… Je pense au gag : « quand les mouettes ont pied, il est temps de virer ! »
Je retrouve un peu de fond, ce qui me permet de m’approcher de la cale et du môle, où je m’amarre dans 1m50 d’eau.
Le coin est super tranquille, occupé principalement par des cabanes ostréicoles.
Quelques maisons, un restaurant… Le repos assuré.
Un couple vient voir le bateau, et me propose de m’emmener faire des courses à Carnac en voiture dans l’après-midi.
Ce n’est pas de refus. Je reviens à pied, une petite trotte de 2 km.
A marée basse, je vais reconnaître précisément le chenal, qui serpente entre des bancs.
Je prends des alignements, que je note dans mon livre de bord, histoire de pouvoir revenir sans problèmes dans le coin.
En soirée, le temps qui était jusque là très beau, s’assombrit. Les nuages prennent une sale gueule…
Et en quelques minutes l’orage se déchaîne : la vasière fume sous la pluie qui cingle à l’horizontale. Le mât vibre, les drisses jouent la sarabande…
L’annexe, amarrée à l’arrière du bateau, s’envole et se met à faire la toupie !! Ca commence à faire beaucoup ; un vrai orage de Méditerranée…
Puis ça se calme, mais le ciel conserve sa grise mine.
Pendant le coup de chien, « Bahia » était échoué le long du môle. Mais le vent portant contre, j’avais pris soin de mettre toutes les défenses disponibles en prévision de la remontée de la marée. Le fetch n’était pas très important, mais vu la violence des rafales, cela aurait quand même produit un bon clapot.
3 MAI
Départ de l’anse du Pô à marée haute, en début d’après-midi. Cap sur Hoëdic.
Le vent est au SW modéré, nous faisons route au largue.
Dans le Nord de la Baie de Quiberon, il y a un nombre incroyable de bouées, flotteurs, bidons de toutes sortes, et de toutes les couleurs. J’ai débrayé le pilote pour barrer, tellement il fallait slalomer parmi les pièges.
Bonjour la navigation de nuit dans les parages ! A se souvenir…
Arrivée sur Hoëdic. Juste au bon moment, le gènois refuse de s’enrouler : le bout’ a surpatté. A aller débrouiller un peu çà sur la plage avant.
Puis c’est l’alarme d’un des deux moteurs qui se met à sonner : il ne crache plus !
Rapide coup d’œil : la courroie de la pompe à eau ne tourne plus. Un bon coup sur sa tête, et ça repart !
Port Argol, habituellement si encombré, est pratiquement vide. Plus de tonnes au milieu, pour cause de travaux de dragage.
Je mouille donc une ancre par l’arrière et me mets à couple d’un autre voilier, face à la jetée, avant de passer mes bouts’ à terre.
Après dîner, je descends à terre et traverse l’île, qui n’est pas bien grande, pour aller repérer le fameux port de la Croix, au sud. 
J’ai préféré finalement la solution d’une reconnaissance préalable : port d’échouage, cailloux… il vaut mieux voir de quoi ça retourne avant de s’engager.
La mer est basse. Bien m’en prend, car entre les deux jetées il y a un gros platin de roches, obligeant à serrer au maximum le musoir ouest.
De plus le môle est déjà occupé par quatre voiliers, là où il y a des échelles. Et je n’y aurais pas eu ma place, à moins de venir me poser sur le sable dans le fond.
4 MAI
Départ en matinée de Hoëdic. Petit vent d’ouest sympathique, et beau temps.
Je vais aller au Croisic. Une fois encore, à cause de la marée – et du fort courant entre les passes – je ne peux arriver trop tôt.
Je fais alors une erreur : pour ne pas arriver en avance, je me contente de marcher sous génois seul.
C’est sur que je suis dans les temps… jusqu’au moment où le vent tombe, m’obligeant à mettre la mécanique en route !
Moralité : si j’avais navigué normalement, j’aurais moins fait de route au moteur ! CQFD…
Porté par le flot, en début de marée, je respecte bien la succession des alignements d’entrée. Un petit tour le long des quais me dissuade de vouloir m’y amarrer : bruit, voitures, passants…
En face, le mouillage de Pen Bron me semble tout indiqué. Et c’est un coffre que j’y trouve, ce qui va m’éviter de mouiller dans le chenal. De toutes façons il aurait fallu mouiller tête et cul, pour cause de manque de place.
L’abri est parfait, sans trop de courant (pour le moment), et de la brise qui est maintenant revenue assez fraîche d’ouest.
Descente à terre en annexe, pour aller voir la maison du navigateur solitaire J.Y. Le Toumelin, isolée en bordure du Grand Traict. Solide et grande bâtisse en granit, bâtie les pieds dans l’eau, sans antenne de télévision !
Le retour à bord est assez épineux : le jusant a pris de la force, et les autres bouées sont couchées par le courant. A vu de nez ça doit bien faire dans les 3 nœuds… 
Problème : une AX 3 à la godille, même bien énervé, ça n’a jamais remonté un tel courant. !
Je déporte donc mon point de départ sur la berge, assez loin pour espérer arriver sur le bateau, après un trajet que je prévois nettement en crabe…
J’avais quand même fait pendre des défenses le long du bord pour me raccrocher en catastrophe, car si je le loupe, adieu… à moi l’air du grand large !
5 MAI
C’est le début du flot, et je dois me dépêcher de quitter mon mouillage si je veux éviter le gros du bouillon dans le nez.
Dernier jour de croisière. On remet le cap sur le port d’attache.
Une cardinale Nord, on passe normalement dans son Nord. Moi je choisis de couper au Sud entre elle et la jetée de sortie du port. Un alignement existe, qui permet d’éviter de faire le tour.
La brise est d’Ouest, assez fraîche. GV haute et moteurs en route, il me faut faire un petit bout de route bout’ au vent avant de pouvoir abattre.
Et bien sur c’est au moment où il faut respecter l’alignement (cailloux à droite et à gauche) qu’un des deux moteurs choisit (encore) de faire des siennes !
Pas question bien entendu de tirer des bords. Le bateau plante des pieux dans un méchant clapot court. Il n’y a pas à hésiter : demi-tour tout de suite, et à arrondir la sacré Cardinale Nord…
Essai du moteur capricieux : tousse, crachote, prend ses tours et repart ! Il a vraiment choisi le mauvais endroit au mauvais moment !
Le reste du trajet est un vrai plaisir : grand’largue puis vent arrière, génois tangonné, Noirmoutier est regagné dans la soirée.
Un mouillage d’attente à l’abri des vents dominants, puis rentrée dans le vieux port à 3 h du matin, avec la marée…
« Bahia » est maintenant sagement amarré le long de son chalutier. Il va bientôt changer de place (à couple d’une autre épave !), ce qui permettra de partir et arriver plus tôt, à partir des marées de 70.
Les beaux jours arrivent, et il y a encore plein de coins sympas où faire tremper les quilles…

