Endurance 35...
A la fin des années 1980, nous avons eu la chance de pouvoir acheter un Endurance 35 en ferro. Je travaillais alors dans le sud de l'Espagne, et nous l'avons trouvé sur place. Moi qui recherchais un dériveur lesté à déplacement léger, je me suis retrouvé à la barre d'un quillard à déplacement lourd ! Et je ne l'ai jamais regretté...
"Hayadori" était une superbe construction professionnelle anglaise, ayant d'ailleurs appartenu à l'architecte en personne plusieurs années auparavant. Nécessitant quelques travaux de lifting (la précédente propriétaire ne s'en occupant pas beaucoup), nous l'avons eu pour un prix raisonnable.
Nous ne l'avons (hélas) gardé que peu de temps, restant avec lui en Méditerranée, et obligés de le revendre pour une stupide question de moteur fichu. Financièrement nous ne pouvions le changer, et c'est la mort dans l'âme que nous nous en sommes séparés.
Un mot donc de l'Endurance. Il reste pour moi non seulement l'archétype du bateau de voyage, mais encore un exemple de compromis parfait pour un monocoque. Je sais que cette affirmation en fera sourire certains, les adeptes de la voile moderne, des luges qui planent par 20 nds de vent, et pourtant ...
C'est le bateau du juste milieu en tout : ses formes bien balancées lui donnent un équilibre sous voile que beaucoup pourraient lui envier. Toujours doux à la barre, il est raide à la toile, peu gîtard, ce qui est un facteur essentiel à la mer. Un tirant d'eau (1m60) encore raisonnable pour aller presque partout, et une bonne quille longue, gage de stabilité de route.
De plus le gréement de ketch, décrié par quelque uns pour les bateaux de moins de 13 m (mais est-ce une idée reçue ou ont-ils de bonnes raisons pour le faire ?) lui donnait un équilibre sous voile que j'ai apprécié à de nombreuses reprises : artimon toujours haut, je réduisais de l'avant quand le vent montait, puis 1 ris, et ensuite GV ferlée, et "Hayadori" était parfaitement à l'aise sous génois partiellement roulé et artimon. Une mise à la cape au retour de Tunisie sous cette configuration lors d'un coup de vent nous a démontrés alors toutes les qualités du bateau, qui était d'un confort remarquable, et ses qualités marines donnaient un sentiment de sécurité absolu.
Les performances étaient loin d'être médiocres, rivalisant certainement avec d'autres bateaux de voyage de sa taille. Le cap au près était très correct, et je pouvais faire la plupart du temps les manœuvres à la voile, ce qui pour moi est un des plaisirs de la navigation.
Que dire des emménagements, sinon que quand on a goûté au salon de pont il n'est plus question de vouloir un bateau où l'on "descend à la cave", qu'il était idéal pour un couple, et que son pont permettait aussi bien le farniente que les manœuvres aisées, tant au pied de mât qu'à l'avant pour mouiller...
Je terminerai par une phrase, tirée d'un livre anglais d'A. Beiser "The proper yacht", où il conclue le chapitre consacré à l'Endurance 35 :
"Partant d'un concept limité et soigneusement défini, Mr IBOLD a produit un superbe bateau. Quoiqu'il ait voulu plaire à chacun, il aurait pu ne plaire à personne. Cependant il a essayé de se faire plaisir à lui-même et, étant homme de compétence et de bon sens, il a fini par plaire au plus grand nombre".


